Les Organismes Vivant Modifiés, situation et perspectives d’utilisation au Maroc

Ismaïl El Hadrami
Laboratoire de Biotechnologies, Protection et Valorisation des Ressources Végétales (Biotec-VRV), Faculté des Sciences Semlalia, B.P. 2390, 40 000
Marrakech-Maroc. E-mail: hadrami@ucam.ac.ma ; hadramii@hotmail.com

Les produits des manipulations génétiques des organismes ne sont disponibles en dehors des laboratoires de recherche que depuis 10 ans environ. Ce temps reste insuffisant pour l’établissement des données concluantes en rapport avec les aspects économiques et sociaux.
Les législateurs et les décideurs au Maroc, tout comme dans de nombreux pays particulièrement en émergence technologique, se trouvent face à un vrai dilemme : établir et adopter des textes de loi ou attendre encore un peu pour voir ce qui se passerait ailleurs. Prendre une décision à ce sujet devant le manque de données suffisantes et devant la non compréhension de la prévention des risques biotechnologiques et de l’utilisation rationnelle des Organismes Vivant Modifiés (OVM) peut se traduire, à terme, par des conséquences et des problèmes insolvables.
Par ailleurs, il faut relever que la mise en place d’une démarche participative  par le décideur pour la prise d’une décision relève de l’engagement de toute la population d’un pays en parfaite harmonie avec le relationnel international. Si l’électeur reste à l’écart par ignorance, le décideur, même averti, ne peut prendre à lui seul un tel engagement pour intégrer et faire intégrer à la société une telle technologie. Notons au passage que l’appréciation de l’évidence en termes de risques potentiels et des bienfaits des OVM  mais également en termes des stratégies et des mesures à prendre pour prévenir et/ou minimiser les risques n’est pas une tâche facile à la portée de la juridiction de l’averti-décideur.

    • La décision en ce qui concerne le sujet traité relève d’un champ multidisciplinaire qui sort complètement des compétences acquises des uns et des autres. Une telle décision doit tenir compte de trois principaux domaines avec des visions multifactorielles à court, moyen et long termes : Il s’agit notamment (i) des domaines scientifiques qui intègrent les aspects biologiques et génétiques de l’ensemble des organismes vivants (virus, bactéries, champignons, animaux, végétaux,…) ; (ii) des domaines économiques et des prédictions des avantages et des inconvénients de la mise en place des nouvelles techniques appliquées aux vivants tout en intégrant  l’ensemble de son écosystème ; et (iii) du domaine socio-culturel qui englobe les habitudes, les moyens de la population et les nombreuses démarches à entreprendre pour accepter ou non un nouveau produit.                                            
    • Le Maroc a reçu des fonds de l’UNEP-GEF dans le cadre du renforcement des capacités et de la mise en place d’une stratégie évolutive pour intégrer les nouvelles technologies en rapport avec la commercialisation des OVM.  Ici, nous pouvons relever que ces fonds n’ont pratiquement pas été visibles si l’on juge par l’expertise réalisée en 2005-06 (http://thegef.org/MonitoringandEvaluation/METhemesTopics/METBiodiversity/metbiodiversity.html). En effet, l’accompagnement de deux experts dépêchés par l’UNEP-GEF et la visite de nombreuses structures et administrations plus l’entretien  avec les responsables  de ces structures a pu relever l’inadéquation des démarches entreprises par le point focal pour le renforcement des capacités et la formation en termes de biosécurité au Maroc compte tenu de la complexité et de la position géographique du pays et de ses besoins. La perception des OVM par la population avertie pose toujours une polémique et reste encore très mal comprise. La population non avertie n’est même pas au courant du sujet ou avec parfois des confusions qui relèvent du manque d’information et de formation. Ici, il faut noter que le programme mis en place par le point focal ne prenait absolument pas en compte la dimension ‘formation & diffusion de l’information’ qu’il faut. Les efforts d sensibilisation et de participation n’ont pas été aussi large qu’il faut et n’ont pas tenu compte des recommandations du projet. De plus, la formation en matière de gestion des risques biotechnologiques et d’évaluation de ces risques n’a pas eu lieu pour intégrer d’une manière efficace, soutenue et durable les questions en rapport avec la biosecurité. Les aspects scientifiques ne sont même pas pris en considération et ce même si on peut relever que certaines manifestations scientifiques sur ce sujet ont pu avoir lieu sans coordination aucune avec le point focal. 
    • Par ailleurs, une commission nationale interministérielle a pu être placée pour étudier le dossier, gérer l’élaboration de mécanismes de participation et mettre en place un projet de loi sur ce sujet. Il est important de noter que le Maroc (classé parmi les pays à bases de référence nationales faible au chapitre des OVM selon les termes du rapport du FEM) ne dispose encore pas d’un projet de loi pour la gestion des OVM alors qu’il se trouve à la porte des pays grandement utilisateurs des outils biotechnologiques en faveur des OVM telle que l’Espagne.
    • Quelques recommandations du citoyen…,
    • La mise en place de structures évolutives et dynamiques avec les compétences qu’il faut sur les plans scientifiques et socio-économiques est une nécessité qui s’impose actuellement plus que jamais pour l’adoption des nouvelles stratégies au Maroc. Les établissements et les structures de formation des compétences sont appelés à s’investir davantage dans les domaines en rapport avec les OVM et des produits des manipulations génétiques des organismes. Pour toutes disciplines confondues, il y a lieu de noter le manque qu’accuse le pays en terme de formation humaine. Les Universités devraient, sans trop tarder, mettre en place des formations de type Masters spécialisés sur l’ensemble des champs disciplinaires en rapport avec le sujet. Le renforcement et le soutien des spécialistes de la gestion des risques biotechnologiques devraient être considérés comme une priorité nationale visant à acquérir pleinement la haute technicité des outils biotechnologiques.  Les lauréats devraient intégrer des postes de responsabilité, chacun sa discipline, et tenter d’assurer la coordination avec d’autres organisations à l’échelle régionale et internationale mais également doivent être en mesure d’assurer le citoyen. De même, l’accent doit être placée sur la sensibilisation et la participation aussi large que possible de ce même citoyen qui doit prendre directement part aux décisions avec transparence. Le maintien de la diversité des produits et de la biodiversité est également un besoin certain qui ne peut que garantir la richesse du Maroc.  Ces actions visant à faciliter la collaboration et l’harmonisation multilatérale entre les décideurs responsables et les établissements nécessitent des fonds pour le long terme pour  tirer le meilleur profit de l’outil biotechnologique.


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