Développement d’une économie durable basée sur la formation de haut niveau dans les pays francophones d’Afrique : rôle de la Banque Islamique de Développement
Mame Nahé DIOUF, DMV, MSc, PhD
Reproduction et Biotechnologie animales
ISRA/CNRA
BP 53 Bambey Sénégal
Content
Résumé
Summary
Introduction
I. L’enseignement supérieur en Afrique Subsaharienne francophone: état des lieux
- Types d’établissement
- Mode de financement
II L’éducation : un levier pour le changement
III. Contribution de la BID à la formation de haut niveau
Conclusion
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Higher education: the role of IDB scholarship programme in the development of sustainable knowledge-based economy in French speaking African countries.
Summary
Education is an important key factor to consider in the country’s economy. Indeed, the rate of schooling, illiteracy, education’s policies and budget allocated are some examples revealing state of advance of the country and its social and economic development level. All governments are aware that economic development cannot be done without social development; this statement constitutes one of major basis of Millennium Development Goals (MDG). Moreover, the concept of human development in which education, health and social equity constitute pillars summarizes most of the MDG’s main objectives.
Like other countries, Sub-Saharan African countries recognize education as focus point important which is an obligatory pathway for economic development. Consequently, they strongly adhere to MDG and produce significant effort to achieve program on target date. Unfortunately, in the majority of the African countries, budgetary resources allocated to education are insufficient. To fill the financial deficit, additional resources are necessary and actively sought after non governmental Organizations (NGOs), private sector and international financial institutions. It is important to note that authorities give priority to basic education and the fight against illiteracy as attested budget allocated, studies and educative policies output. This paper presents current situation of the higher education in French speaking sub-Saharan countries. Attention will be given to mechanisms of financing the higher education, institutional capacity building and implications of high level education in the development of sustainable economy as well as the role of IDB scholarship programme.
RESUME
L’éducation est un facteur clé important à considérer dans l’économie d’un pays. En effet, le taux de scolarisation ou d’analphabétisme, les politiques en matière d’éducation et le budget alloué à ce secteur pour ne citer que ces exemples sont révélateurs de l’état d’avancement du pays et de son niveau de développement social et économique. Tous les gouvernements ont conscience que le développement économique ne peut se faire sans un développement social; ceci constitue un des principaux fondements de l’élaboration des Objectifs du Millénaire. D’ailleurs, la notion de développement humain dans laquelle l’éducation, la Santé et l’équité sociale constituent les piliers, résume la quasi-totalité des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).
A l’instar des autres pays, les pays africains subsahariens reconnaissent indéniablement le rôle de l’éducation dans le développement économique des pays, d’où leur adhésion et le déploiement d’efforts fort significatifs pour atteindre les Objectifs du Millénaire dans les délais requis. Malheureusement, dans la plupart des pays africains, les ressources budgétaires allouées à l’éducation d’une manière générale sont faibles. Pour pallier ce déficit, les ressources additionnelles sont vivement sollicitées et activement recherchées auprès des Organisations non gouvernementales (ONGs), le secteurs privé et les institutions financières internationales. Il faut souligner que les pouvoirs publiques priorisent l’éducation de base et la lutte contre l’analphabétisme comme en témoigne les budgets qui leur sont alloués et les ouvrages et références bibliographiques disponibles. Ce document traitera de la formation supérieure (études post-secondaires). Ainsi, la situation actuelle des études universitaires et professionnelles dans les pays subsahariens d’expression française sera brièvement rapportée. Une attention particulière sera accordée aux mécanismes de financement, à la contribution de la BID en matière de renforcement de capacités institutionnelles et aux retombées socio-économiques de la formation de haut niveau dans ces dits pays.
Introduction
L’économie d’un pays dépend d’une multitude de facteurs-clés dont les interactions sont complexes et variables dans le temps. La stabilité politique, le capital humain, les infrastructures, la bonne gouvernance, l’intégration économique et le secteur privé peuvent être qualifiés de paramètres de base qui influencent fortement l’économie. Toutes les actions qui tendraient à augmenter significativement ces paramètres pourraient influencer de manière positive l’économie (figure 1). L’interdépendance de ces paramètres explique le fait qu’il faut agir sur plusieurs d’entre eux pour avoir un effet significatif sur l’économie. Cette notion est prise en compte dans les politiques et programmes de développement des pays en voie de développement.
La croissance économique est perçue comme un des facteurs principaux pour le développement et la prospérité. Son analyse actuelle place les ressources humaines dans le processus de production et suggère qu’augmenter le capital humain équivaudrait à accroître la production. Dans un tel contexte, les ressources humaines (ou le capital humain) équivalent à un intrant dans la fonction de production (IDB 2007b). Ainsi, il est important pour un pays de disposer dans la vie active des ressources humaines de qualité et qui performent. Les voies et moyens pour l’obtenir sont résumés dans la notion actuelle de développement humain que le PNUD définit comme suit « Le principal objectif du développement humain est d'élargir la gamme des choix offerts à la population, qui permettent de rendre le développement plus démocratique et plus participatif. Ces choix doivent 'comprendre des possibilités d'accéder aux revenus et à l'emploi, à l'éducation et aux soins de santé et' à un environnement propre ne présentant pas de danger. L'individu doit également avoir la possibilité de participer pleinement aux décisions de la communauté et de jouir des libertés humaines, économiques et politiques. ».
L’éducation et la santé sont les piliers du développement humain qui à lui seul résume plusieurs points des Objectifs de Développement du Millénaire (CAE 2005; UN 2007). L'éducation affecte tous les niveaux de l'économie, elle est une clé déterminante dans l’accroissement de la productivité dans le moyen et long terme. Une main-d'oeuvre plus instruite, s’adapte plus facilement par sa capacité à assimiler les nouveaux outils et techniques, par conséquent, elle peut utiliser un éventail de technologies et des équipements sophistiqués (IDB 2007b). Donc les niveaux d’instruction (études primaires, secondaires, supérieures) ont des impacts différents sur le progrès technologique, l’efficacité technique et la productivité. La croissance économique des pays asiatiques en est une illustration car selon la Banque Mondiale (1993) et la Banque Asiatique de Développement (Asian Development Bank, 1997), l’éducation de base a eu un très fort impact dans la croissance économique de ces pays. La santé, tout comme l'éducation est une composante fondamentale à considérer dans le capital humain car elle influence le revenu. Les personnes en bonne santé ont plus de rendement car elles sont plus aptes à travailler, à endurer l’effort. Dans les pays en voie de développement, les améliorations de la santé ont eu un impact positif sur la croissance économique.
Les gouvernements africains de concert avec les grandes institutions financières internationales reconnaissent l’importance du développement humain dans l’économie de leurs pays et s’efforcent par des politiques et programmes d’atteindre les objectifs du Millénaire dans les délais requis (CEA 2005; UN 2007). L’éducation est considérée comme un levier indispensable et incontournable pour le développement économique d’un pays. Les gouvernements africains ont conscience que éradiquer l’analphabétisme, augmenter le taux de scolarisation, disposer d’un capital humain performant car sain et éduqué constituent des conditionnalités pour le développement d’une économie durable.
L’éducation se compose de plusieurs niveaux (études primaires, secondaires, supérieures) qui ont été classées et codifiés par l’UNESCO (2006). En Afrique, l’éducation de base (études primaires) a fait l’objet de bon nombre d’études aussi bien des gouvernements que les institutions onusiennes (IIEP 2001; BASHIR 2004), elle permet d’acquérir les notions de base qui prépare l’individu aux études secondaires et supérieures.
Dans cette étude, l’accent a été mis sur les études supérieures (enseignement supérieur, niveau 5 et 6 selon la classification UNESCO) dans les pays au sud du Sahara francophones1 (liste) membres (au nombre de 14) de la Banque Islamique de Développement (BID). Une brève présentation des types d’établissements d’enseignement supérieur existant dans les pays a été faite, suivie d’un plaidoyer sur l’importance de l’éducation dans le développement. La contribution de la BID par ses programmes de bourses a été brièvement présentée et des recommandations émises.
L’enseignement supérieur en Afrique Subsaharienne francophone: état des lieux
L’économie dans la presque quasi-totalité des pays africains francophones au Sud du Sahara membres de la BID repose sur le secteur primaire avec un tissu industriel faible. En effet, les productions agricoles (agriculture, élevage, foresterie, pêche), les richesses minières quand elles existent et sont exploitées contribuent avec un fort pourcentage au Produit National Brut (PNB) des pays. Ces économies faibles de part leurs composantes sont fragilisées par plusieurs contraintes dont la stabilité politique précaire dans certains pays, les productions agricoles fortement tributaires des conditions climatiques (pluies, sécheresse), une crise énergétique, l’inflation, un faible taux de scolarisation, des problèmes sanitaires récurrents. Tous ces facteurs font que ces pays sont qualifiés de pays membres les moins développés selon la Classification de la BID (Least Developed Member Countries; LDMCs).
Pour tous ces Etats, il est indéniable que l’éducation constitue un moyen pour lutter contre les forces qui maintiennent les personnes dans la misère (ALI 2002). En effet, elle est nécessaire à l’acquisition de connaissances élémentaires et de « survie », au meilleur fonctionnement de l’économie locale, mais aussi pour donner les moyens de participer à une économie mondiale en rapide mutation (IIEP, 2001; ORIVEL 2002). Etant donné que l’éducation affecte toutes les activités humaines et les secteurs de l’économie, elle suscite au niveau de chaque pays toujours des réflexions approfondies relatives aux types d’enseignement à dispenser, aux différentes cibles à instruire, aux mécanismes et modalités de son financement. Les études primaires et secondaires sont prioritaires dans tous les pays si l’on considère le budget alloué, le recrutement des enseignants, les infrastructures et équipements mis à disposition, les ouvrages didactiques adaptés édités…. Pour les Etats africains, la complexité des études supérieures (terme générique utilisé pour évoquer l’éducation dispensée par les établissements d’enseignement supérieur) est que non seulement il faut doter les personnes d’un enseignement de qualité mais leur créer ou faciliter à la fin de leur cursus éducatif un emploi dans le secteur public ou privé. Il ne faut pas instruire juste par souci de donner une éducation mais il est nécessaire d’avoir un cadre d’expression qui permettra à l’individu ayant reçu des connaissances de faire profiter son expertise à une institution, une communauté, une économie. Un taux élevé de chômage et une fuite de cerveaux importante sont négativement corrélés à la croissance économique (BASHIR 2004; AHEAD 2007).
A quelques différences près, les pays francophones au sud du Sahara ont un système éducatif similaire. L’enseignement supérieur (études supérieures qui font suite à l’obtention du diplôme d’études secondaire : Baccalauréat) peut se faire dans les universités, les instituts et/ou écoles de formation. La formation spécialisée par le biais de l’enseignement professionnel quant à elle permet d’établir un lien entre l’acquisition de compétences professionnelles et le monde du travail et, en particulier, de préparer un plus grand nombre d’individus à participer à l’économie nationale, qui s’inscrit de plus en plus dans une économie globale compétitive (IIEP 2001). Il va de soi que les études universitaires aussi se terminent aussi par une spécialisation (études doctorales) après un plus nombre d’années. L’important est que tous les diplômés des établissements académiques et professionnels constitueront le personnel des institutions-clés de la Société (l’administration publique, les organisations, grandes entreprises, les structures d’enseignement supérieur). Ainsi, les établissements d’enseignement supérieur font partie des éléments moteurs du changement dans la Société.
1. Types d’établissements d’enseignement supérieur
En Afrique, au moins chaque pays possède une université et une multitude d’établissements de formation spécialisée qui selon les pays sont rattachés ou non à l’université.
L’université peut être définie comme est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Charles Sanders Pierce, un philosophe américain a défini l’université comme étant « une association d’hommes dotée et privilégiée par l’Etat, en sorte que le peuple puisse recevoir une formation (guidance) intellectuelle et que les problèmes théoriques qui surgissent au cours du développement de la civilisation puissent être résolus ». En Afrique francophone, la quasi totalité des universités sont publiques par conséquent fonctionnent grâce à un budget alloué par l’Etat. La faiblesse de l’enveloppe financière étatique est aggravée par les besoins financiers qui s’accroissent continuellement à cause du nombre grandissant d’étudiants, l’avènement des nouvelles technologies et filières. Les ressources additionnelles (équipements et matériels didactiques, personnel enseignant de plus en plus spécialisée…) sont acquises avec les programmes d’échanges universitaires et le développement des coopérations internationales.
Divers établissements publics de formation (écoles d’ingénieurs, école Normale…) ont été implantés vers les indépendances; la majorité des fonctionnaires africains de l’époque dont bon nombre d’élites africaines y ont été formés. Certains de ces établissements sont encore opérationnels après réorientation et adaptation de leurs programmes d’enseignement aux nouvelles exigences en matière d’éducation et d’autres ont vu le jour pour satisfaire une demande. A l’instar des universités, le budget de fonctionnement fourni par l’Etat est faible toutefois les ressources additionnelles permettent de prodiguer une formation de qualité. Devant le constat général de l’insuffisance des moyens financiers étatiques et dans le souci de fournir une éducation de qualité et adaptée aux étudiants africains en terre africaine, plusieurs Etats africains avec l’aide des institutions des Pays Développés se sont regroupés pour créer des établissements d’enseignement supérieur moyennant une participation de chaque Etat au budget de la structure créée. Ainsi, différentes institutions qualifiées d’Ecoles Inter-Etats dans lesquelles sont dispensés des enseignements spécialisés ont été implantées dans un pays donné, à titre d’exemple : l’Ecole Africaine des métiers de l’Architecture et de l’urbanisme (Cotonou, Bénin), Ecole Inter-Etats de Sciences et Médecine Vétérinaires (Dakar, Sénégal), l’Ecole de Pêche (Nouadhibou, Mauritanie) pourraient être cités. Actuellement, certains de ces établissements fonctionnent malgré des difficultés financières liées au retard de la cotisation des pays membres, les autres moins chanceux n’ont pas survécu.
Les instituts d’enseignement supérieur privés (universités privées et divers Instituts : de Management, Communication …) se sont beaucoup implantés durant ces deux dernières décennies et la tendance actuelle à la privatisation de l’enseignement supérieur se maintient. Aussi, l’enseignement à distance est en vogue. L’initiative privée s’érige de plus en plus dans le souci de dispenser une éducation de qualité (personnel enseignant qualifié, matériel didactique adéquat et moderne) et de couvrir des disciplines non disponibles dans les établissements publiques.
2. Mode de financement
D’une manière générale, dans les pays Subsahariens, il est difficile de définir le coût exact du système éducatif car différents acteurs concourent à son financement (l’Etat, les familles, les partenaires extérieurs, les collectivités locales, les émigrés, les ONGs). Le mode de finance et les pourvoyeurs des fonds varient avec le temps, les types d’établissements, le niveau d’enseignement. Bien que l’enseignement tende de plus en plus à se privatiser, la majorité des établissements d’enseignement supérieur reconnus au niveau international dépendent de l’administration publique donc de l’Etat.
Les établissements d’enseignement supérieur ne sont pas cloisonnés car la mobilité des ressources humaines (les enseignants, les étudiants) est effective et les accords de partenariat avec d’autres établissements nationaux et internationaux existent et sont privilégiés. La constance dans tous les pays est que l’Aide Publique à l’enseignement supérieur est insuffisante et elle ne s’est pas accrue face à l’augmentation de la demande. Pour continuer à dispenser une formation de qualité, les établissements après des périodes de crise ont adopté de nouvelles stratégies pour mobiliser des ressources additionnelles et se doter d’une indépendance financière. L’enseignement supérieur en Afrique est en pleine mutation, il a fait l’objet de plusieurs études et plus particulièrement la restructuration institutionnelle des universités (IIEP 2001; LEBORGNE-TAHIRI 2002; ORIVEL 2002).
L’éducation : un levier pour le Changement
Il est nécessaire de former les individus afin de valoriser au mieux leurs potentialités et créer une expertise au service du développement du pays. L’éducation doit donc être une préoccupation des gouvernements car ses retombées sont au bénéfice de la Société. Quelque soit le domaine considéré, tous les enseignements aussi bien académiques que professionnels développent chez l’individu la capacité d’analyser (identifier les problèmes), et si le cadre d’expression existe de réagir en proposant des solutions grâce aux connaissances théoriques acquises durant les enseignements. L’intensité du processus d’analyse et la proposition de solutions sont positivement corrélées au niveau d’instruction et à l’expertise de l’individu (l’expertise faisant plus appel à la résolution du problème dans un contexte similaire par exemple une expérience vécue, connue). Ce processus de réflexion conscientise l’individu au milieu social et l’environnement économique dans lesquels il évolue. Les interrogations qui résultent de cette prise de conscience et surtout la volonté de changer l’existant constituent des éléments moteurs pour le changement social si l’environnement s’y prête (stabilité politique, programmes de développement adéquats et performants, bonne gouvernance…). L’éducation constitue donc un levier pour le changement social. De part le savoir qu’elle inculque, les compétences (expertise) qu’elle fait acquérir, l’éducation constitue une force endogène qui pourrait impulser un développement économique durable.
Après les études secondaires, l’individu a donc la possibilité de suivre un cursus académique par le biais de l’université ou de choisir une formation professionnelle de durée plus courte. L'entrée à l'université est généralement restreinte à ceux qui ont préalablement un diplôme d'enseignement secondaire. Le nombre d'étudiants dans les universités du monde est monté en flèche pendant tout le vingtième siècle, l’Afrique n’est pas en reste, cette ascension va continuer (IIEP 2001 ; ORIVEL 2002). L’éducation des adultes est une réalité de nos jours, les femmes sont de plus en plus instruites même en Afrique. L’éducation est et doit demeurer pour tous (enfants, adultes, femmes) car toute la population participe au développement du pays. Cependant, les diplômés de l’enseignement supérieur par leur position hiérarchique qu’ils occupent dans le secteur public ou le secteur privé sont proches des centres de décision s’ils ne sont pas décideurs. De cette position privilégiée, ils peuvent impulser le changement par leurs activités professionnelles et/ou leur participation à la vie active : c’est l’effet recherché, le résultat attendu des toutes politiques en matière d’éducation et les programmes de formation. Cependant, il y a des mesures d’accompagnement qui s’imposent pour atteindre ce résultat escompté : la stabilité politique, la participation active de cette élite dans les secteurs-clé de l’économie, une population réceptive aux innovations, des moyens financiers disponibles, une bonne gouvernance (c'est-à-dire la gestion transparente et participative du processus de développement économique et social). Les effets seront plus perceptibles et déterminants qu’il aura de personnes instruites, diplômées de l’enseignement supérieur actives dans les secteurs de l’économie. Cette dynamique de changement si souhaitée par les Etats aura des répercussions sur l’économie, le développement du pays.
Contribution de la BID à la formation de haut niveau
Investir dans l’éducation n’est rentable que si les individus acquièrent des connaissances et des nouvelles compétences qui seront mises à profit pour le développement économique du pays. C’est le leitmotiv de toutes les politiques étatiques en matière d’éducation et l’argument fort pour avoir des fonds d’Aide au développement. Selon les bailleurs de fonds, l’Aide étrangère peut être assujettie à un ou plusieurs secteurs de l’économie (agriculture, santé, éducation), à une catégorie d’acteur (femmes, enfants, handicapés…), à une période donnée et à une région géographique donnée (zone aride, zone en conflit…). En Afrique subsaharienne, une multitude de bailleurs de fonds (Organisations, ONGs, institutions onusiennes, institutions financières…) assistent les Etats dans leur développement social et économique (ORIVEL 2002 ; LEBORGNE-TAHIRI 2002).
Pour atteindre les objectifs stratégiques des pays africains que sont la réduction de la pauvreté, l’augmentation de la croissance et un développement durable, il est nécessaire d’avoir une bonne gouvernance, un capital humain suffisant et performant, des politiques économiques saines, un secteur financier développé et des infrastructures performants. La BID sensible aux préoccupations de développement de ses pays membres, apporte son appui financier dans de plusieurs secteurs clés de l’économie pour augmenter la productivité et la compétitivité (figure 2). Les pays africains représentent 38 pour cent des membres de la BID qui finance plus le Service publique (30 pour cent de ses fonds; IBD2007a; 2007c). Le renforcement des capacités humaines et le développement des infrastructures dans les pays LDMCs tiennent une place prépondérante. Les activités et réalisations de la BID sont exhaustivement rapportées dans ses rapports annuels.
La BID soutient des pays membres dans leurs efforts en matière d’éducation en apportant un appui financier à l’éducation de base dans les pays LDMCs, le renforcement institutionnel par le biais de trois programmes de bourses et des programmes spéciaux d’assistance (IDB 2006a, 2007a).
- La BID renforce le développement des Sciences et Techniques dans ses pays membres en octroyant chaque année des bourses pour la Maîtrise es Sciences (MSc), le doctorat (PhD) et les études post-doctorales. Les candidats sont sélectionnés dans les universités et Institutions. Ainsi, le Merit Scholarship Programme (MSP) initié en 1991 a permis la formation à l’étranger de 346 récipiendaires appartenant à 237 institutions de 46 pays membres. Il faut souligner que 80 pour cent de cette élite sont retournés dans leurs institutions respectives pour contribuer au développement national. Aussi, 183 récipiendaires du MSc Scholarship programme for Science and Technology (MPST) appartenant à 20 pays LDMCs ont été formés dans les centres d’excellence des pays membres sur des problématiques de développement de leurs pays respectifs. De leur date d’initiation respectives à janvier 2007, le MSP et le MPST ont financé pour la formation de haut niveau respectivement 13 et 0, 95 millions de dollars US.
- Le IDB Scholarship Programme for Muslim Communities (SPMC) accorde aux étudiants musulmans vivant dans pays non membres de la BID, des bourses leur permettant de poursuivre leurs études supérieures dans différentes disciplines afin de contribuer au développement de leur communauté. De 1983 date de sa création à 2006, ce programme a financé 62 millions de dollars US pour soutenir l’éducation supérieure des communautés musulmanes dans les pays non membres.
- Les programmes spéciaux d’assistance soutiennent les pays subsahariens dans leurs efforts pour le développement de l’éducation bilingue (franco-arabe), le Niger a bénéficié de ce programme. Aussi, les minorités musulmanes dans les pays non membres reçoivent de l’aide pour la préservation de leur culture et identité.
- Dans plusieurs domaines dont la finance, l’éducation, l’agriculture et l’environnement, la BID par son Technical Cooperation Programme (TCP) renforce la qualité des ressources humaines et œuvre pour le renforcement des capacités institutionnelles par des formations, le financement des études, le recrutement d’experts. A la fin de 2006, plus de 50 millions de dollars US ont été dépensés par le dit Programme (IDB 2007a).
- Le développement, la promotion et le partage des connaissances en vue du renforcement institutionnel est aussi une préoccupation de la BID qui s’en charge par le biais d’institutions affiliées tels l’IRTI, l’ICD et l’ICBA ou des programmes incitatifs comme le IDB Prize for Science and Technology, Young Researcher Support Programme (YRSP). L’Islamic Research and Training Institute (IRTI) qui avec plus de 258 publications a organisé avec une haute audience durant la période de 1981 à 2006 près de 187séminaires/conférences/forum, 283 formations de courte durée. L’Islamic Corporation for the Development of the Private Sector (ICD) qui de l’année 2000 à 2006 a financé 81 projets d’une valeur de 476 millions de dollars US dans 19 pays membres (Rapport IDB, 2006). L’International Centre for Biosaline Agriculture (ICBA) est un centre de recherche spécialisé sur l’agriculture irriguée. Un éventail de programmes relatifs aux ressources phytogénétiques, l’irrigation, la gestion de la salinité et la désalinisation des terres y sont menés. Des stages de formation y sont organisés pour partager l’expérience avec les experts des pays membres.
- En partenariat avec d’autres institutions internationales, la BID contribue substantiellement à la tenue de rencontres scientifiques.
Cette présentation non exhaustive des réalisations de la BID met en exergue les efforts louables de cette institution financière pour accroître le nombre de personnes hautement qualifiées en sciences et techniques et renforcer les institutions des pays membres. Le choix du domaine ²sciences et techniques² est justifié par le fait que les économies des pays africains au Sud de Sahara membres de la BID sont tributaires des ressources naturelles. Une base scientifique et technique solide à partir de laquelle des innovations et applications technologiques pourraient se développer est essentielle pour la croissance économique.
Quelques recommandations sur la contribution de la BID en matière de formation de haut niveau dans les pays subsahariens francophones
Les pays africains francophones (Maroc, Algérie, Tunisie, Cameroun y compris) au nombre de 16 n’ont pas beaucoup profité du programme MSP car seuls 17, 6 pour cent de bourses leur ont été accordées contre 16, 7 pour cent pour les pays africains anglophones qui sont au nombre de 6. Pourtant la demande pour les études supérieures dans plusieurs pays africains est plus forte que l’offre des établissements nationaux; toutefois, le Gabon est une exception car il octroie à ses ressortissants des bourses de 2ème et 3ème cycle à l’étranger. Bien que les bourses du programme MSP soient destinées au personnel des institutions publiques des pays membres dans l’optique d’un renforcement de capacité, l’Office des Bourses de la BID (IBD Scholarship) pourrait œuvrer pour accroître le pourcentage de récipiendaires francophones d’Afrique au Sud Sahara en : augmentant le nombre des bourses, révisant les critères d’éligibilité, en veillant sur la bonne diffusion à la période opportune des annonces de bourses dans les institutions publiques (lutter contre les lourdeurs administratives). Bref, une étude comparative entre les pays anglophones et francophones devrait pouvoir expliquer les différences observées et proposer des recommandations.
Aussi, sans déroger à sa mission de renforcement institutionnel, l’Office des Bourses de la BID pourraient :
- appuyer le personnel technique des structures étatiques à se former au niveau de leur pays ou dans la sous région selon la spécificité de l’enseignement, encourager les formations de types sandwich.
- Encourager les candidatures féminines. L’indisponibilité des données statistiques relatives aux domaines de spécialisation et le sex-ratio des bousiers limite l’analyse.
- Mieux informer afin d’inciter les jeunes chercheurs au programme YRSP pour créer la compétitivité.
Concernant le programme MPST, les pays africains ont été les principaux récipiendaires des bourses dudit programme avec 44,8 pour cent de bourses pour les pays d’expression française et 27,3 pour cent pour ceux d’expression anglaise (IDB 2006a).
Pour consolider les acquis et évaluation de l’impact des programmes de bourse, l’avancement de la carrière des anciens boursiers doit être pris en compte.
Au-delà de l’Office des Bourses, la BID pourrait soutenir la formation de haut niveau dans ses pays membres en apportant son appui dans les établissements publics d’enseignement supérieur par la mobilité des personnes ressources des pays membres; l’acquisition de l’équipement et le matériel didactique. Les écoles Inter Etats sont les établissements de choix car le soutien de la BID devrait bénéficier à plusieurs pays en terme de personnes ayant reçu une instruction de qualité, de la diversité de l’expertise du corps enseignant. Avec les bonnes volontés des Etats membres, le soutien de la BID et d’autres institutions sous régionales et internationales des pôles d’excellence pourraient naître dans les pays africains.
Conclusion
De nos jours, une population instruite et active est considérée comme un capital humain : un atout économique. L’éducation est incontestablement un lien essentiel entre les différents points inscrits au programme des Objectifs de Développement du Millénaire. L’accès à l’éducation est un droit fondamental et un objectif prioritaire conformément à la déclaration universelle des droits de l’homme en 1948. Les pays sous-développés de concert avec la Communauté Internationale croient en la capacité de l’éducation à modifier les perspectives, amener un changement social qui aura des répercussions positives sur le développement. Dans ces pays, promouvoir les Sciences et Techniques aiderait à l’expansion d’une économie durable par la création d’emploi, la génération de technologies, l’augmentation des exportations et l’accroissement de la productivité qui est déterminant à long terme sur la croissance économique. Soutenir les efforts de ces pays en matière de formation de haut niveau c’est incontestablement les aider à : l’accroissement de leur capital humain, la formation d’une force émergente capable de promouvoir un développement durable. Pour atteindre cet objectif, il est du ressort des gouvernements en question d’oeuvrer pour la création d’un cadre d’expression approprié à l’éclosion de cette force (stabilité politique, politiques étatiques favorables, développement des infrastructures, bonne gouvernance…).
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1Pays francophones au Sud du Sahara membres de la BID: Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Tchad, Comores, Cote d’Ivoire, Djibouti, Gabon, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Togo.
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